LA DIVISION BLINDEE JAPONAISE
- GENESE et COMPOSITION -

Je remercie profondément Alain Ber... pour ses envois

La constitution de l’armée impériale moderne

Le passage du féodalisme à la modernité

L’entrée dans la modernité du Japon est un phénomène relativement récent. Ce passage de la société japonaise d’un mode féodal à une conception européanisée, trouve sa source dans les années 1854 à 1868. Pour résumer depuis l’an 1600 jusqu’à 1868, l’histoire du Japon était dominée par la famille des Tokugawa. Le membre fondateur de cette longue et illustre lignée fut Ieyasu Tokugawa, général victorieux qui mit fin à des siècles de guerres entre clans rivaux qui avaient déchiré l’empire.

Ce général réussi l’exploit peut commun de permettre au Japon de connaître plus de deux siècles et demi de paix. Toutefois pour y parvenir, lui et ses successeurs mirent en place un mode de gouvernement construit sur un jeu subtil de surveillance des possibles troublions qui pourraient apparaître dans l’empire. Si ce système permis une longue période de paix interne, il était toutefois basé sur une surveillance de tous les instants des divers gouverneurs et de leurs familles. Mais aussi de toute la société dont la vie de chaque individu était tracée de la naissance à la mort, avec une différence très marquée et inamovible entre les classes sociales.

Mettre en place un tel système nécessitait un pouvoir fort, le Shoguna forme de gouvernement qui devint l’apanage exclusif de la famille des Tokugawa. Pour que ce système puisse perdurer, il était indispensable que rien ne puisse troubler l’ordre naturel des choses.

C’est à cette fin que fut interdit aux habitants de voyager à l’étranger et de rencontrer des gens d’autres nationalités. On en vint à réglementer sévèrement la taille même des bateaux afin d’éviter toute velléité de départ. Le commerce avec l’extérieur n’étant alors permis qu’avec les Hollandais d’une manière strictement contingenté, et ce à partir d’un îlot dans la baie de Nagasaki.

Tout aurait pu continuer si à partir du début du 18éme siècle des navires européens de plus en plus nombreux vinrent aborder les cotes du Japon, ce qui entraînait pour les Japonais des incidents de plus en plus fréquents. Le comble fut atteint lorsque le 8 juillet 1853 le Commodore Perry vint avec quatre vaisseaux apporter une lettre du président Fillmore pour l’empereur. Cette lettre échoua dans les mains du Shogun qui ne sut qu’en faire. Il apparut clairement pour les Japonais que les défenses côtières ne seraient pas de taille à repousser éternellement les demandes de plus en plus pressantes des barbares étrangers.

Ces événements mirent à jour au sein même de la société japonaise deux courants, entre celui qui estimait que le Shogun devait abandonner la politique d’isolement, et celui qui préconisait au contraire de repousser ces demandes avec force.

Les années qui suivirent virent alors une première tentative de réarmement afin de pouvoir repousser ces ennemis venant de la mer. Le résultat ne fut pas à la hauteur des espoirs, les batteries côtières s'avérèrent incapables d'empêcher le passage en force des navires de guerre européens. En août 1863 les forts qui commandaient l’entrée les détroits du japon durent s’incliner. Le Shoguna ne pouvait alors plus qu’aller vers sa fin, ce qui arriva en janvier 1868 lorsque Tokugawa Keiki le dernier rejeton de cette longue dynastie de Shogun fut contraint de remettre ses pouvoirs aux mains de l’empereur. Une tentative de révolte des derniers fidèles du Shogun déchu échoua, 5000 samouraïs fidèles à l’empereur suffirent à mettre en déroute les forces quatre fois plus nombreuses du Shogun complètement démoralisées.

Le travail entrepris alors fut de réorganiser l’état et les forces armées. Celles ci étant composées par les nobles familles de samouraïs, la transformer en une armée basée sur la conscription fut un long chemin parsemé d’embûches.

Cela aboutit à ce que de nombreux japonais redoutaient, en 1877 une guerre civile éclatait.

Le général Takanori Saigo de la province de Tatsuma levant l’étendart de la révolte, fut rapidement rejoint par prés de 20 000 samouraïs. Ils refusaient de voir leur traditionnel rôle de guerrier tomber aux mains d’une armée qui scandale inadmissible intégrait en son sein des fils de paysans ! La révolte fut écrasée par la nouvelle armée impériale de 40 000 hommes, aidé indirectement par cette tradition japonaise assez confortable de voir leurs ennemis se suicider lorsqu’ils s’estiment vaincus. Une nouvelle page se tournait qui allait voir apparaître une modification en profondeur des traditions et du système militaire japonais ; La nouvelle armée était légitimement née.

La Naissance de la force blindée japonaise

Au cours de la première guerre mondiale, le Japon occupa une place très particulière parmi les différents belligérants. Membre de l’entente il ne fut presque pas impliqué dans les combats. Les seuls combats auxquels les Japonais prirent part fut l’attaque aux cotés des britanniques de la base allemande de Tsing-tao en septembre 1914, puis de l’occupation des possessions allemande dans le Pacifique, poussières d’îles, archipels de Mariannes, des Carolines et des Marshall, qui furent annexés pour un prix de 300 morts. La première guerre mondiale fut pour le Japon une bonne affaire, en quelques semaines il prenait le contrôle de l’ouest du Pacifique. Le Japon préféra en rester là, peut être peut –t on penser que la décision du Prince Impérial Aritomo Yamaga de prendre l’armée allemande comme modèle y fut pour quelque chose, il y aurait eu une certaine gêne à aller combattre si loin un adversaire dont le système militaire était si admiré des généraux japonais.

Toujours est t-il que le Japon se contenta alors d’envoyer quelques officiers de liaison dans les états-majors alliés. Les informations recueillies furent estimées suffisamment intéressantes pour que dés la fin de la guerre l’état major impérial décida d’importer quelques spécimens de cet engin que l’on appelait le Tank. Le chars Renault FT 17 et le Vickers six tons furent conviés à aller visiter le pays du Soleil Levant afin d’être testés.

Dés 1925 deux compagnies expérimentales voyaient le jour, les forces blindées japonaises venaient de naître

L’organisation des forces blindées japonaises

Comme la plupart des nations industrialisées l’apparition des blindés fut considérée au Japon comme un moyen utile d’aider les armes déjà existantes : l'infanterie et la cavalerie.

Au départ il s’agissait de mettre au point un blindé qui pourrait venir à bout des positions ennemies, nids de mitrailleuses et champs de barbelés. Pour les officiers japonais le char était donc un simple outil qui se plaçait dans la droite ligne des opérations entreprises au cours des années 1916 par les Anglais lors de la bataille d’Arras et les tentatives de forcement de la ligne Hindenburg. Ce premier char pris le nom de modèle 89, du nom de l’année japonaise en cours, l’an 2589. Produit en plusieurs versions, il fut utilisé dés 1932 contre la Chine lors des incidents de Shanghai, puis regroupé en 1933 en régiments de tanks affectés au soutien des divisions d’infanterie.

En parallèle à cela, les obligations opérationnelles spécifiques de liaisons et de ravitaillement en Mandchourie amenèrent les Japonais à concevoir un nouveau rôle, que les blindés déjà mis au point ne pouvaient remplir. Le modèle 89 premier type de char construit en série au Japon étant trop lent et avait une autonomie trop réduite. De plus les combat avec les Chinois furent pour les Japonais un terrain d’expérience qui allait se révéler un formidable piége théorique. En effet devant affronter un ennemi ne disposant pas de canons antichars, lorsque ce n’était pas d’artillerie tout court, les Japonais se prirent alors de passion pour les petites chenillettes peu blindées et peu armées. Celles ci n’ayant pas d’ennemis dignes de ce nom parcouraient le champ de bataille en tout sens apportant leur appui à l’infanterie. On vit alors apparaître en masse des petites chenillettes de type carden-loyd. Economiques et efficaces elles semblaient répondre à tous les problèmes possibles, le type 92 de 4 tonnes et 3 hommes d’équipage armé d’une mitrailleuse fut lancé, et distribué aux brigades de cavalerie (à ne pas confondre avec la version modernisée du char d’infanterie 89 appelé en occident Mle 92), mais toutefois construit à assez peu d’exemplaires. En effet il s’avéra que les moyens de défenses chinois étaient si mauvais que cet engin était encore trop lourd pour ce qui lui était demandé. On mis alors rapidement au point un successeur le modèle 94. Une chenillette de 2,5 tonnes et de 2 hommes d’équipage fut construite en grand nombre et répartie à son tour dans les brigades de cavalerie ou en appui des escadrons de cavalerie détachés auprès des divisions d’infanterie. Il intéressa aussi vivement l’infanterie qui en fut équipée à raison d’une compagnie par grande unité (brigade ou division).

A la même époque les théories modernes quant à l’utilisation des forces blindées préconisées en Angleterre, puis en Allemagne commencèrent à intéresser l’état major japonais.

Toutefois il faut bien faire ici très attention, car si les Japonais s’y intéressèrent cela est essentiellement dû à une conception typique de la mentalité japonaise de l’époque. Il ne s’agit pas d’adhérer totalement à un nouveau concept, mais d’être ouvert à toutes les théories afin que rien ne puisse échapper à la connaissance des théories militaires. Pour ensuite l’adapter à la pensée militaire japonaise. Un peu comme pour un outil que l’on achète puis que l’on dissèque avant de le reproduire. Le problème étant que parfois on passe à coté de l’essentiel sans s’en rendre compte. C’est ce qui semble s’être produit avec les Japonais, si très tôt ils mirent en place une unité groupant Chars, infanterie, artillerie et génie motorisée, ils ne semblent pas avoir compris sa véritable utilité.

Cette première grande unité blindée appelée la brigade mixte autonome fut mise en place en 1933. Elle fut utilisée comme fer de lance de l’offensive contre la chine en 1937, mais l’absence totale d’opposition aussi bien de blindés que de canons antichars chinois empêcha le commandement d’en tirer des enseignements qui auraient pu être utiles.

C’est ce qui explique que cette brigade fut dissoute et ses effectifs dispersés peu de temps après.

Les seuls enseignements que pu fournir cette éphémère brigade mixte furent que les chars type 89 qui l’équipait étaient avec leur 25 km/h bien trop lents pour travailler de concert avec l’infanterie motorisée. Cela abouti à la mise au point du char Type 95, HA-GO nom donné par son constructeur la firme Mitsubishi, ou KE-GO nom donné par l’armée.

Ce char de 7,4 tonnes équipé d’un canon de 37 mm devenant le modèle standard de l’armée, infanterie et cavalerie l’utilisèrent en masse. Il arriva à temps pour remplacer le modèle 89 au sein de la brigade mixte pour l’offensive contre la Chine.

Après cette dissolution les chars japonais se trouvaient donc dispersés entre l’infanterie et la cavalerie. Arme de soutien on les trouvait sous forme de régiments dans les divisions d’infanterie et de compagnies auprès des brigades de cavalerie montées.

L’évolution de la situation à la frontière de la Mongolie intérieure allait modifier la donne.

En effet c’est à cette époque que des officiers subalternes de l’Armée japonaise du Kwantung eurent la très mauvaise idée de provoquer des accrochages avec les troupes soviétiques stationnées de l’autre coté de la frontière. Il s’agissait de répéter la manœuvre qui avait si bien réussi à Shangai quelques années auparavant. En amenant un conflit à se déclarer sur le terrain ces officiers pensaient que le gouvernement central de Tokyo ne pourrait pas laisser tomber leur armée sous peine de perdre la face, la victoire militaire ne pouvant qu’en découler.

Le résultat en fut une magistrale gifle pour l’armée japonaise, la contre attaque fulgurante des forces mécanisées soviétiques sous le commandement du général Joukov à Changkoufeng en 1938, puis à Nomonhan en 1939 porta un coup sévère à la dignité des forces japonaises qui perdirent prés de 50 000 hommes dans l’affaire.

Au point de vue des blindés même s’ils ne furent pas alignés au cours des opérations il devint alors évident que le Japon devait au plutôt revoir son matériel et ses doctrines d’emploi.

Les chars soviétiques avaient vivement impressionné les Japonais.

A titre d’expérimentation 2 divisions furent très rapidement constituées en Mandchourie, les Sensha Shidan

Toutefois il semble que ces regroupements furent plutôt administratifs, les officiers japonais ayant toujours autant de mal à concevoir une utilisation réellement autonome des forces blindées.

En juillet 1942 les forces armées impériales comptent 2 divisions blindées, renforcées en septembre par une 3éme Division, par la motorisation de la division de cavalerie stationnée en Mongolie.

Les trois Divisions stationnées en Mandchourie formèrent en 1942 l’ " armée blindée ", décision purement administrative, ces unités devant en permanence détacher des groupements de chars au profit des autres divisions, il est peu probable que cette " armée " ait réellement pu exister sur le terrain.

Il existait antérieurement sous la forme de brigade, une unité parfois appelée 3éme division qui avait déjà pris part à l’invasion de la Malaisie, où elle engagea 300 chars et Chenillettes, mais qui ne semble rien avoir de commun avec la 3éme division de 1942.

En mars 44 apparaît une 4éme Division

Organisées sur un modèle de 2 brigades de deux régiments blindés, Mais elles sont plus une entité administrative qu’une véritable unité de combat autonome utilisée de manière morcelée au profit des Divisions d’infanterie, sous forme de bataillons ou de compagnie. Au mieux sous la forme d’une brigade morcelée entre plusieurs fronts.

Il faut attendre le printemps 1944 pour voir une certaine modification quant à leur utilisation quand une division entière est utilisée en Chine de manière autonome.

Les bons résultats obtenus face à une défense chinoise ridicule amène le haut commandement japonais à réunir aux Philippines la 2éme Division aux alentours de Manille fin 44.

Cette unité sera utilisée en petits paquets servira surtout comme dépôt de blockhaus ambulant pour l’infanterie, et en définitive totalement gaspillée par le commandement japonais de la 14éme armée des philippines où elle opérait dans le groupement d’armée " Shimbu " du général Yokoyama

L’organisation elle-même est revue la division blindée se compose alors de trois régiments de chars, d’un régiment d’infanterie motorisée à trois bataillons, d’un bataillon de défense antichars autonome, d’un bataillon de défense antiaérienne, et d’un bataillon de reconnaissance blindée.

Elle aligne 11 000 hommes, et est équipé de 309 chars dont 139 légers et 172 de modèle moyens, le bataillon antichar pouvant quant à lui aligner une cinquantaine de pièces.

Impressionnante sur le papier, elle est toutefois équipée de chars pour le moins désuets, et d’une d'antichars peu efficaces d’un calibre de 37 mm et 47 mm totalement dépassés en 1944.

L’infanterie portée utilise des Véhicules de transports de troupes chenillés HO-KI ou semi-chenillés HO-HA.

Le second ayant de forte ressemblance avec le semi-chenillé allemand : le Sdkfz.

Organigramme de la division blindée modèle 1944

Reconnaissance :

Un bataillon de 31 chars légers et de 10 moyens en 4 compagnies

Blindés :

Une brigade composée de trois régiments de Chars : 250 chars de types 95 KE-NU, 97 CHI-HA

Infanterie :

Un régiment d’Infanterie mécanisée à trois bataillons, avec en appui 9 chars légers.

Artillerie :

Un Régiment équipé de 28 pièces de 75 mm et de 105 mm

Génie :

Une Compagnie

Artillerie AA :

Un Bataillon équipé de 8 pièces de 75 AA Mle 88, 24 canons AA de 20 mm en affût simple ou double.

Artillerie AC :

Un bataillon antichar équipé de 18 pièces de 37 et de 47 mm

Les unités de chars de l’infanterie et de la cavalerie

Les divisions d’infanterie japonaises sont basées sur un modèle courant de trois régiments d’infanterie de 3800 hommes en trois bataillons, renforcés par une unité de cavalerie le Kihei Rentai de 950 hommes, parfois remplacé par une unité motorisée et mécanisée le Sosaku Rentai composé de 5 compagnies

L’évolution des opérations sur le front du Pacifique amena les Japonais à modifier la structure des unités stationnée dans les îles du Pacifique. L’Etat Major d’infanterie de la division disparaît en partie au profit de l’état major régimentaire, et si les 2 premiers régiments ne changent pas le 3éme est renforcé en effectifs et en moyens. Il reçoit une dotation renforcée d’artillerie notamment une batterie mixte antiaérienne et antichar de 6 pièces ainsi qu’une compagnie de 17 chars organiquement rattachée à la division.

La Production de Chars

1928-1940 : 1976 exemplaires de tous types

1940-1945 : 4424 "  "  " 

1942 : 1290 Exp

1943 : 750 Exp

1944 : 295 Exp

1945 : 130 Exp

Dont type 95: 1250 construits par Mitsubishi

A SUIVRE....